La valeur de ne rien faire

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Il y a plusieurs années, je parlais à un voisin qui m’a annoncé que c’était une journée à ne rien faire, le « Do Nothing Day » dans sa famille. J’étais perplexe. Après quelques explications, j’ai compris qu’il s’agissait d’une journée sans obligations: pas besoin de s’habiller, de faire des travaux, de manger à des heures fixes, mais plutôt l’occasion de ne rien faire sans culpabilité: s’étendre dans une chaise ou sur le gazon, lire, grignoter. 

Musique à écouter pendant ou après la lecture de ce billet (il se peut que l’écoute simultanée ne soit pas possible): Still Space par Satoshi Ashikawa

En fait, je n’ai jamais vraiment su comment se vivait cette trouvaille de ne rien faire pour mes voisins, mais je me souviens d’avoir ressenti des émotions contradictoires: d’un côté, ces parents d’enfants de 7 et 9 ans me semblaient bien irresponsables alors qu’ils n’avaient que deux jours de congé par semaine pour tout faire et là, ils avouaient « gaspiller » l’une d’elles. Et puis, je les ai enviés. Quelle idée merveilleuse de se donner le droit de ne rien faire!

Liste de choses à faire

On a trop souvent l’habitude dans notre société de se valoriser par combien nous sommes occupés. Les moments de détente sont de plus en plus rares à force de se retrouver avec des engagements nombreux et des listes presque irréalisables. Si l’on s’arrête, au lieu de savourer cette pause, on se culpabilise en pensant à tout ce qu’on devrait être en train de faire.  Eh qu’on est mal fait! Mais avec un peu d’inspiration minimaliste, il est possible de faire autrement.

On doit apprendre à se donner du temps libre, vraiment sans obligations. S’il le faut, comme le faisaient nos voisins, l’idée n’est pas folle de mettre une période à ne rien faire à son horaire. C’est une façon de truquer son cerveau pour le calmer — après tout, ne rien faire est sur la liste de choses à faire!

Bienfaits de ne rien faire

Pas facile de ne rien faire… au début, mais on s’habitue vite. Ensuite, les bienfaits nous rassurent. Ah, se donner la liberté de choisir, d’errer, de somnoler, de jaser, d’écouter de la musique à répétition, de lire, de rêvasser, de regarder les nuages, la télé, les plantes. Aucune obligation. 

Au début, les pensées roulent à toute vitesse, mais le calme s’installe. C’est une occasion de prendre conscience de son corps ou pas. De laisser le silence nous envahir ou pas. C’est fou de constater ce qu’on élit de ne pas faire et se sentir rebelle: peut-être que c’est flâner en pyjama, ne pas se peigner ou se raser, ne pas répondre au téléphone, etc. Ce sont des petites choses qui semblent être de grandes libertés lorsque l’on se permet de n’avoir aucune obligation.

Le réflexe est de se lancer dans ce qu’on ne prend pas assez souvent le temps de faire: pratiquer d’un instrument, lire, regarder un film. Mais par la suite, on ralentit le rythme et l’on devient fainéant, pour une journée ou les heures que l’on s’accorde pour se prêter au jeu. Quel cadeau à s’offrir que de laisser errer nos pensées! C’est une façon de se ressourcer gratuitement.

Citation: Mettre une période à ne rien faire à votre horaire vous assure que ne rien faire est sur la liste de choses à faire! Arrière-plan: chat roux avec patte au visage.
Photo : Renato Pozaić

Ne pas interrompre celui qui ne fait rien

Je me souviens d’avoir lu sans pouvoir le retrouver malheureusement, un article qui indiquait que dans certaines cultures orientales, l’on ne dérangeait pas une personne au travail qui ne faisait rien. Il était présumé que de fait, son cerveau était en mode repos, créatif ou solution et que c’était un acte précieux à honorer. Dans les milieux où j’ai œuvré, les réflexes seraient plutôt contraires: on n’hésite pas à parler à quelqu’un qui n’a pas les doigts sur le clavier ou qui semble en réflexion. 

Sortir quelqu’un de sa torpeur n’est pas lui faire cadeau. Il faudrait mieux respecter ces moments difficilement atteignables et trop peu fréquents. Ils ne durent pas longtemps, même lorsque l’on se donne la journée pour ne rien faire.

La journée sans obligations 

Si je reviens à l’idée de la « Do Nothing Day » de mes voisins, je regrette de ne pas avoir su la mettre à exécution pendant que les enfants grandissaient. Il me semble que nous aurions tous bénéficié d’une telle journée. D’ailleurs, on fait parfois l’équivalent pendant les vacances de Noël où chacun s’effoire avec un livre et va grignoter les restants quand ça lui tente alors que l’on récupère de la fatigue accumulée. Ce sont des moments précieux.

Michel fait la sieste sur un patio à Grenade en Espagne

Lors de nos voyages, Michel et moi avons pris l’habitude de nous laisser au moins une journée sans engagements afin de jouir du milieu où nous nous trouvons. Il est possible de marcher dans le quartier, de déguster un café en observant les passants, de lire, de faire la sieste, d’examiner les tuiles du plafond, ou le ciel ou les environs à partir du balcon. Elles permettent de se reposer et de s’ancrer dans le lieu visité.

C’est à se demander pourquoi l’on ne se réserve pas de telles journées à la maison plus souvent. L’expérience nous a montré que lorsque l’on tombe malade, nos listes sont mises de côté pour faciliter notre guérison et peu de soucis réels s’ensuivent. Ne serait-ce pas une forme de prévention que d’avoir une journée à ne rien faire à l’occasion?

S’il est rare de pouvoir s’offrir le luxe d’une journée complète, il est certainement envisageable de prévoir un matin, un après-midi ou une soirée pour le faire. Allez, ce n’est pas négatif de découvrir le fainéant en soi!

Pour poursuivre la lecture:

Pourquoi ne rien faire nous fait du bien?

Parmi nos billets: Et si l’on écoutait le silence

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5 commentaires

  • Il y a déjà quelque temps que je déguste ces moments de légitime fainéantise. Un hamac, ça aide! Merci de nous rappeler à quel pont c’est nécessaire….

    Un de ces jours, il faudra que je lise “l’Art presqu’oublié de ne rien faire” de Dany Laferrière.
    Vous l’avez lu?

    • Oui, le hamac et j’ajoute une chaise berçante, sont des éléments qui incitent à profiter du temps et qui le ralentissent en quelque sorte.
      Je note la référence au livre de Dany Laferrière qui semble très intéressant selon les premières pages vues en ligne!

  • Allô Julie, salut Michel. Dans votre article, j’ai particulièrement aimé le temps de relaxation que vous prenez lors de vos voyages. Il n’y a rien de mieux que de s’accorder ce temps pour vraiment saisir le pouls de l’endroit où l’on se trouve. Ça vaut une visite à un musée et ça ne coûte rien!!!

    Bonne continuation!

    Mario

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