Obélix, Sapiens et les achats des Fêtes

Est-ce que ce sera une bonne période des Fêtes?
Les perspectives des Fêtes 2020
Ce fut une fin d’année record

C’est le genre de manchettes que l’on peut lire dans le temps des Fêtes de Noël. Sont-elles à propos de la météo? Des visites de famille? De la participation à la messe de minuit? Non, il s’agit des chiffres des achats des Fêtes, de l’achalandage dans les magasins, ou du nombre de livraisons de colis.

Inutile de soupirer en pensant à la transformation d’une fête à l’origine spirituelle. Je vous propose plutôt un très bref résumé de l’évolution humaine qui nous pousse au magasinage des Fêtes en m’inspirant du livre Sapiens* et d’un tome d’une œuvre littéraire classique, Astérix. J’ajouterai une note minimaliste à la fin.

Musique à écouter pendant ou après la lecture de ce billet (il se peut que l’écoute simultanée ne soit pas possible):Noël (traditionnel) par André Gagnon avec l’Orchestre philarmonique de Prague   

L’évolution humaine

Vous avez peut-être lu Sapiens de Yuval Noah Harari. Sinon, ce livre raconte l’histoire de l’humanité du Big Bang à aujourd’hui, de façon originale, en présentant nos réalités sous un jour nouveau et en suscitant la réflexion sur des sujets comme la consommation, l’écologie et le traitement des animaux. Après quelques pages, je me sentais déjà plus intelligent. Aux fins de ce billet, voici donc quelques éléments clés de l’évolution humaine.

La révolution agricole

Pendant des dizaines de milliers d’années, nous étions des chasseurs-cueilleurs. Puis l’agriculture a débuté il y a environ 12 000 ans. Les humains ont alors domestiqué des plantes telles que le blé et le riz et des animaux comme les chèvres. Harari qualifie la révolution agricole comme étant la plus grande fraude de l’Histoire. Si l’agriculture permettait de produire de la nourriture sans risquer de se faire croquer par un animal sauvage, elle nécessitait beaucoup de travail. Nous sommes passés d’une vie diversifiée de marches en forêt à une vie dure sur le corps à défricher la terre, irriguer, etc. sous un soleil de plomb. 

Un autre effet de la révolution agricole a été l’explosion de la population. En effet, quand on est une troupe nomade qui se déplace pour chasser et cueillir, on limite son nombre d’enfants. Grâce à l’agriculture, un petit groupe de personnes pouvait travailler pour nourrir une plus grande communauté. Cela a permis le développement d’autres métiers, et la venue de plus d’enfants. Mais on était alors dans un cercle vicieux de toujours produire plus de nourriture, car on avait plus de bouches à nourrir.

La révolution scientifique

La révolution scientifique a débuté vers l’an 1 500 quand nous avons commencé à accepter notre ignorance et à reconnaître qu’investir dans la science pouvait nous aider à améliorer notre qualité de vie.

Les découvertes et inventions médicales et technologiques ont alors eu pour effet d’inculquer aux humains une foi en un avenir meilleur. (Un exemple simple aujourd’hui: si l’on garde espoir face à la pandémie de COVID-19 c’est que l’on a confiance que l’argent et la science vont produire un vaccin pour y mettre fin.) 

Cette foi en l’avenir a permis de créer une économie fondée sur le crédit. Une banque prête à un entrepreneur, car elle croit qu’il aura du succès et remboursera, dans un futur pas trop lointain, le prêt avec intérêt. Cette entreprise peut ensuite utiliser ses profits pour investir dans la recherche et le développement, ou payer des impôts au gouvernement qui, lui, financera la science. Cela génère d’autres inventions, idées d’affaires, prêts et ainsi de suite.

Ce mariage d’argent et de science mena éventuellement à la création de machines à vapeur et à la révolution industrielle. Ces machines ont permis de décupler la productivité humaine. Une des premières applications de ces inventions fut en agriculture. On put alors produire plus de nourriture avec moins de fermiers, libérant ainsi des gens pour travailler dans des usines et fabriquer plus de choses.

L’âge du magasinage

Mais il fallait alors que la population achète ces choses. D’où la venue du consumérisme, c’est-à-dire la notion que consommer est bon pour soi et pour tous. Harari, compare le consumérisme à une religion, mais une religion où les adeptes trouvent cela très facile d’adhérer à tous les préceptes. C’est d’autant plus motivant que le paradis, les «bienfaits» de cette consommation, nous est présentée tous les jours à la télévision.

Et voilà pourquoi, en quelques mots, les fêtes spirituelles sont devenues des festivals du magasinage. 

Citation relative aux achats des fêtes: Évitons de regretter le montant de nos dépenses du temps des Fêtes. Arrière-plan: Décor de Noël dans un centre commercial.

Les messages

Les gens achètent,
A : ce qui est utile;
B : ce qui est confortable;
C : ce qui est amusant;
D : ce qui rend jaloux les voisins.

D : voilà le créneau qui nous intéresse!**

Ces paroles ont été dites en 50 avant Jésus Christ par Caius Saugrenus alors qu’il expliquait à Jules César comment vendre les centaines de menhirs achetés des Gaulois. Du moins, c’est ce qui est rapporté dans Obélix et Compagnie. Et de dire le druide Panoramix devant l’engouement des Romains: «Le plus drôle c’est qu’on ne sait toujours pas à quoi peut bien servir un menhir.»

La publicité nous incite, non seulement à rendre jaloux notre voisin, mais aussi à faire preuve de notre amour en achetant des cadeaux. À cela s’ajoutent les rédacteurs des médias qui, consciemment ou non, contribuent à la pression de magasiner en rapportant des résultats statistiques sur les achats des Fêtes. Par exemple, ce titre dans Le Soleil de Québec : «Dépenses du temps des Fêtes : les Québécois, les plus radins au pays.» 

Ces messages influencent-ils notre subconscient? Sommes-nous de mauvais parents/conjoints si l’on dépense sous la moyenne? Suis-je cheap?

Les conséquences

Au moins, à côté du titre «Combien dépenserez-vous pour les Fêtes?», le quotidien Le Droit d’Ottawa avait juxtaposé un article intitulé «Le nombre de dossiers d’insolvabilité grimpe de 8,4% en un an». En effet, des sondages montrent que plusieurs font des achats des Fêtes à crédit (avant Noël ou pendant les ventes du lendemain), se retrouvant avec des soldes de cartes de crédit sans pouvoir tout rembourser en janvier, ou avec des paiements étalés sur plusieurs mois. Dans les deux cas, ce sont des situations qui peuvent nuire à la création d’un fonds d’urgence, à l’épargne pour l’éducation de ses enfants ou pour sa retraite.

La conséquence : selon un sondage de 2018, 46% des Ontariens regrettent le montant dépensé pendant les Fêtes!***

Donc?

Ce n’est pas facile d’aller contre ces courants, surtout quand s’ajoute en temps de pandémie les messages d’acheter localement et de relancer l’économie. Essayons de ne pas avoir à regretter les montants dépensés pour nos achats des Fêtes. Soyons sélectifs et évitons la créneau D de Caius Saugrenus!

Ressources:

Dépenser moins à Noël – c’est possible!

Comment ne rien dépenser à Noël (ou presque)?

Parmi nos billets: Repenser les cadeaux

Références:

* Harari, Yuval Noah, Sapiens: A Brief History of Humankind, McClelland & Stewart,  2014
(en français: Sapiens: Une brève histoire de l’humanité, Albin Michel, 2015)

** Goscinny, René et Uderzo, Albert, Obélix et Compagnie, Dargaud, 1976. En plus de la leçon de marketing, Obélix et Compagnie illustre bien certains concepts de Sapiens comme l’impact sur les villageois de passer d’une communauté autosuffisante à une qui produit pour d’autres. 

*** Sondage de 2018 par le syndic en insolvabilité canadien MNP et la firme Ipsos


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4 commentaires

  • Très bon choix de musique en mémoire d’un pianiste hors pair 🙏🏻🥰
    Oui ça fait bien réfléchir 🤔 et approprié!
    Très bon article Michel !!!
    Patricia

    • Merci Patricia! En lisant et entendant les hommages à André Gagnon depuis jeudi, je réalise à quel point c’était un artiste prolifique.

  • Excellent billet qui se veut très informatif. J’ai appris un nouveau mot: consumérisme. Excellent survol historique qui encourage la compréhension de nos comportements actuels. J’ai beaucoup apprécié.

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