Changer sa façon de voyager?

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Quand les frontières vont ouvrir, allez-vous changer votre façon de voyager? Je ne parle pas des questions de santé, mais plutôt de deux enjeux déjà présents avant la pandémie: les changements climatiques et le « surtourisme ».

L’arrêt des voyages non essentiels a provoqué une question de société, non pas de savoir si le tourisme va reprendre comme avant, mais plutôt s’il devrait  reprendre comme avant, quand les inquiétudes de santé seront résolues. Il y a évidemment une opposition entre ceux qui applaudissent le fait qu’il y ait moins d’avions dans le ciel et moins de visiteurs à Venise, et ceux qui vivent de l’industrie touristique. Faisons une petite discussion sur cette question et voyons quelques suggestions pratiques pour changer sa façon de voyager en réponse à ces enjeux. 

Musique à écouter pendant ou après la lecture de ce billet (il se peut que l’écoute simultanée ne soit pas possible): Comme en vacances par André Gagnon

Les changements climatiques

Arrêter de prendre l’avion?

Nombreux sont ceux qui préconisent de ne pas voyager par avion pour réduire les gaz à effets de serre. Cela est certainement un argument valable puisque c’est un des moyens de transport les plus polluants.

Se priver de voyager par avion peut en fait avoir des conséquences négatives sur la lutte aux changements climatiques et autres problèmes de la vie sur terre. 

Visiter d’autres régions permet d’avoir une meilleure compréhension de ce que vivent les gens ailleurs, même si ce n’est que pour se rendre compte qu’ils ne sont pas très différents de nous. On sera plus sensible à l’actualité du pays, dont les nouvelles environnementales, au lieu de se dire que c’est à l’autre bout du monde et que ça ne nous touche pas. Cette conscientisation peut ensuite se refléter dans nos efforts personnels, y compris nos choix politiques.

Cette notion a même une application nationale. Choisir de ne jamais voyager en avion quand on est Canadien, c’est probablement choisir de ne jamais visiter certaines parties du pays, à moins d’avoir beaucoup de temps à sa disposition. Je demeure convaincu qu’on aurait tous une meilleure compréhension de nos concitoyens, et un respect pour leurs défis, si on avait tous plus souvent l’occasion de se rendre visite.

L’argument contraire est que certains (plusieurs?) voyagent sans retenir grand-chose de la réalité des régions par où ils sont passés.

En cale sèche, les croisières? 

Sans savoir à quel point elles vont reprendre post-pandémie, il est clair que les croisières sont une grande source de pollution. Un article (lien ci-dessous) traite de la question alors qu’un autre parle des efforts de l’industrie pour devenir plus écologique.

Étant très susceptible au mal de mer, je n’ai pas l’expérience pour défendre les croisières sauf pour reconnaître qu’elles permettent de voyager à des gens qui ne le feraient pas autrement. Au-delà de ça, il semble difficile de justifier leur impact sur l’environnement et leur contribution au surtourisme.

Le surtourisme

L’augmentation importante des voyages au cours des dernières années a causé le phénomène du surtourisme. Un des articles ci-dessous comprend une carte qui montre les destinations qui souffrent de ce problème, c’est-à-dire des endroits où le nombre de visiteurs dépasse la capacité d’accueil.  Cela a un impact significatif sur l’environnement ou la qualité de vie des résidents, sans que l’apport économique soit suffisant pour les effets négatifs de ce tourisme. Venise et Barcelone sont souvent citées en exemple, mais le problème affecte aussi d’autres villes, des régions côtières, des sites naturels et des sites patrimoniaux.

Un des problèmes causés par cet afflux de visiteurs est la perte de logements pour les résidents dans les quartiers historiques. Les propriétaires préfèrent les locations de courte durée (par Airbnb et autres), car elles sont plus rentables.

Certains placent la responsabilité de ces problèmes sur les touristes eux-mêmes, faisant parfois la distinction entre « touriste » (péjoratif) et « voyageur ». Pour ma part, j’abonde plutôt dans le sens de ceux qui croient que la solution ne passe pas par une critique des individus, mais par des changements aux systèmes. 

Par exemple, certaines villes considèrent limiter le nombre de bateaux de croisière, car ils amènent des foules qui utilisent les infrastructures, mais dépensent peu. D’autres songent à imposer des frais à tous les visiteurs de jour (puisqu’ils ne paient pas la taxe de séjour recueillie par les hôtels). Ces décisions sont à la fois plus faciles et plus difficiles à l’aube de la réouverture des frontières:  plusieurs citoyens doivent apprécier le calme qu’a apporté la pandémie et souhaiter que des restrictions soient mises en place, alors que ceux qui dépendent du tourisme doivent espérer le retour du plus grand nombre possible de clients.

Est-ce qu’un jour des gouvernements limiteront les voyages en avion et les croisières pour réduire les gaz à effets de serre, et conséquemment le tourisme international? 

Cela étant dit, il y a lieu d’encourager tous les voyageurs à revoir leurs habitudes et si vous voulez réfléchir à vos façons de voyager, voici quelques suggestions.

Citation relative à changer sa façon de voyager: On peut répartir dans l’espace et le temps les effets positifs et négatifs du tourisme en voyageant hors saison ou en visitant des lieux moins achalandés. Arrière-plan: éoliennes sous un ciel gris en Espagne

Changer sa façon de voyager

Choisir les moyens de transport

Évidemment, on devrait privilégier des alternatives à l’avion si des solutions pratiques sont disponibles. 

Il y a aussi lieu de bien réfléchir aux raisons d’aller en croisière et à d’autres moyens d’atteindre les mêmes buts à moindre impact négatif sur l’environnement et meilleur effet sur les communautés visitées.

Choisir quand partir et où rester

Pour les destinations populaires, on peut répartir dans l’espace et le temps les effets positifs et négatifs du tourisme en voyageant hors saison ou en visitant des lieux moins achalandés. On voit de plus en plus d’articles qui suggèrent des destinations alternatives, mais semblables aux villes les plus populaires. 

Par exemple, en Croatie, nous sommes allés à Dubrovnik, un endroit sur le palmarès du surtourisme depuis que Game of Thrones  y a été filmé et que les bateaux de croisière s’y arrêtent. À l’entrée de la vieille ville, on se sent un peu comme à l’entrée de Disneyland. Mais nous avons découvert d’autres villes en Croatie toutes aussi belles et historiques. Autre exemple: le gouvernement des Pays-Bas a cessé de promouvoir Amsterdam comme destination touristique et encourage les voyageurs à se rendre ailleurs au pays.

Si l’on visite tout de même une ville populaire, on peut essayer de louer un logement hors du centre touristique. Si la ville dispose d’un bon système de transport en commun et que l’on peut faire un peu de recherche sur ses quartiers, un appartement proche du métro peut être pratique tout en réduisant notre impact sur les résidents du centre. Un des attraits d’un tel logement est la fréquentation des commerces de proximité, comme un résident. On va y croiser plus de locaux que de visiteurs, on contribue à l’économie d’un quartier moins fréquenté, et on a le plaisir d’essayer de comprendre ce qu’on achète à l’épicerie. En fait, une épicerie est une des meilleures vitrines sur la réalité quotidienne des gens d’un pays. 

Revenir plus enrichi

Une façon de revenir avec une meilleure connaissance de la réalité de la région est de s’informer au sujet de son histoire et de ses enjeux actuels, avant de partir. Quelle que soit la langue du pays, il existe souvent des sites de nouvelles en anglais, si pas en français, que l’on peut consulter. Ces quelques connaissances de base peuvent ensuite servir dans des conversations avec des résidents et aussi nous aider à mieux comprendre ce qu’on voit. Moi, introverti, c’est cette approche de recherche que je privilégie.

Julie, plus extrovertie, a réussi à créer, avant de partir, des occasions de rencontre lors de nos récents voyages en Europe. Dans un cas, c’était avec un Croate qui participait à un même groupe d’intérêt sur Internet; nous avons exploré Zagreb avec sa famille et partagé des dîners au restaurant et dans leur appartement.

cinq personnes à table dans un restaurant

Dans l’autre cas, Julie a découvert le site Conversation Exchange  qui jumelle des gens qui veulent pratiquer la conversation. Par exemple, un Espagnol qui souhaite améliorer son français est jumelé avec une francophone qui veut rafraîchir son espagnol. Après quelques séances par Skype, deux des correspondants ont offert de nous rencontrer dans leurs villes, ce que nous avons fait pour des visites guidées et des repas forts agréables. Pendant le confinement, nous avons eu des conversations avec ces nouveaux amis pour échanger sur le vécu de la pandémie.

(Re)découvrir son coin de pays

Pour l’instant, le plus simple est d’être touriste chez soi.  Dans les articles sur l’avenir du tourisme, le sociologue et écrivain français Rodolphe Christin est souvent cité, en particulier parce qu’il vient de faire paraître un livre intitulé La vraie vie est ici – Voyager encore?

Je ne suis pas certain d’être en accord avec, ou même de comprendre, tout ce qu’il dit, mais il argumente que pour satisfaire les attentes de confort des visiteurs, les lieux touristiques deviennent standardisés, et donc qu’à force de chercher de l’exotisme, on altère cet exotisme. Dans ce cas, il y a lieu de réfléchir à nos motivations de voyage et si on peut répondre à ces besoins à proximité. En d’autres mots, au lieu de chercher le bonheur ailleurs, trouvons-le chez nous.

Avez-vous d’autres points de vue ou suggestions? Partagez-les dans les commentaires ci-dessous.

Ressources: 

Doit-on arrêter de voyager pour sauver la planète? 

Gérer le surtourisme à l’ère des réseaux sociaux

Le coût environnemental énorme des bateaux de croisière

Tourisme durable: de plus en plus de croisières écologiques

Parmi nos billets: La valise minimaliste et autres trucs de voyage

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