Pensons soustraction

Deux bonhommes LEGO à côté d'un pont en LEGO sur des pierres à l'extérieur.

Le contenu de ce billet et une expérience additionnelle sur la soustraction sont présentées dans la vidéo Soustraire pour se simplifier la vie.

Annonce de la vidéo Soustraire pour se simplifier la vie

Mis à jour le 14 juillet 2023

Avez-vous plus de choses qu’avant? Vos résolutions commencent-elles plus souvent par « Je devrais faire plus de… » que par « Je devrais faire moins de… »? Ajoutez-vous des règlements dans votre maisonnée ou au travail plus souvent que vous en enlevez? Êtes-vous plus occupé aujourd’hui qu’il y a cinq ans? 

Ces questions sont posées par Leidy Klotz de l’université de Virginie dans un livre fort intéressant intitulé Subtract, The Untapped Science of Less (Soustraire, la science inexploitée du moins). 

Musique à écouter pendant ou après la lecture de ce billet (il se peut que l’écoute simultanée ne soit pas possible): Lava par Tomasz Kraal  

On additionne plus souvent que l’on soustrait

Dans le but d’améliorer nos vies, nos organisations, notre société, on ajoute beaucoup plus souvent que l’on enlève. De la planification de voyage à la planification urbaine, des rénovations à domicile à la vie professionnelle, pour effectuer un changement, on a l’option d’ajouter – des objets, des systèmes, des activités – et on a l’option de retirer.

Le problème est que l’on ne pense pas souvent à la soustraction. Et, selon le professeur Klotz, en négligeant la soustraction, on se retrouve avec un quart de million d’items dans notre maison et des calendriers surchargés.

Le but de son livre est donc de nous aider à utiliser le pouvoir de la soustraction pour améliorer nos vies et notre environnement. Mais pour ce faire, il voulait d’abord vérifier que le réflexe d’ajouter est plus fréquent que celui de retirer.

De la recherche par expériences

C’est en jouant avec son fils de trois ans que Leidy Klotz a décidé d’entreprendre, avec une équipe de collaborateurs, une recherche sur le sujet. Ils construisaient un pont en blocs LEGO; le pont était déséquilibré. Pour le redresser, le professeur s’apprêtait à ajouter un bloc quand il a vu que son fils en enlevait un. Pourquoi n’avait-il pas pensé à cela?

La première expérience de l’équipe a donc été d’inviter des étudiants à une table où il y avait une petite structure en LEGO et une pile de blocs. On demandait aux étudiants de modifier la structure à leur guise. Seulement 12% y ont ôté des blocs. 

Dans une autre expérience, les participants devaient modifier la recette à cinq ingrédients d’une soupe. Seulement deux des 90 participants ont enlevé des ingrédients. (En passant, avez-vous vu notre vidéo sur comment faire du bouillon de légumes à partir d’épluchures?)

Les chercheurs ont ensuite essayé une expérience dont ils étaient convaincus qu’elle allait inspirer la soustraction. Ils ont demandé aux participants d’améliorer un itinéraire pour une journée de 14 heures à Washington. L’itinéraire comprenait la visite de dix édifices et monuments (le Capitole, la cathédrale nationale, etc.), du magasinage et le dîner. Seulement 25% des intervenants ont retiré des activités de cet horaire très chargé. 

L’auteur s’est demandé si l’on ajoute parce que l’on aime les choses que l’on a bâti soi-même – « l’effet IKEA ». Ou est-ce parce que l’on croit que se départir d’un objet c’est admettre qu’il représente maintenant une dépense plus ou moins inutile? Cette réflexion est évidemment un obstacle au désencombrement que l’on adresse dans nos billets et nos formations.

Les chercheurs ont donc formulé une expérience sans contexte culturel ou économique, sans attrait particulier pour l’addition ou la soustraction. Ils ont créé la grille ci-dessous. Essayez-la : votre tâche est de faire en sorte que les deux côtés de la ligne noire soient symétriques, comme si un côté était le reflet de l’autre, et de faire cela avec le moins de changements possible. Les participants cliquaient les cases sur un écran; comme nous ne sommes pas rendus là dans notre maîtrise de la technologie, vous pouvez le faire dans votre tête.

Grille 10 cases par 10 cases don't certaines sont colorées en gris.
Grille par le professeur Andrew Hales. Source: Subtract, The Untapped Science of Less par Leidy Klotz, Flatiron Books, 2021.

Il y a deux meilleures réponses : ajouter quatre blocs gris du côté gauche ou enlever quatre blocs gris du côté droit. Seulement 20% des participants ont retiré des blocs. Je suis dans le 80%, et vous? Quant à elle, Julie a trouvé une solution non mentionnée dans le livre : ajouter deux blocs à gauche et en retirer deux à droite.

Citation relative à la soustraction: Pour avoir de la connaissance, ajoutez des choses chaque jour. Pour avoir de la sagesse, enlevez des choses chaque jour. Lao Tseu. Arrière-plan: 2 bonhommes LEGO à côté d'un pont en LEGO.

Pourquoi notre cerveau favorise-t-il l’addition?

À la suite de ces expériences et d’autres semblables, Leidy Klotz est devenu convaincu que l’on additionne plus fréquemment que l’on soustrait, souvent sans même penser à la soustraction, et, conséquemment, que l’on se prive de bonnes options. À l’opposé, quand l’on constate l’effet de la soustraction, on aime souvent ce que l’on voit.

Pourquoi est-ce ainsi? Pourquoi notre cerveau a-t-il plus tendance à ajouter qu’à soustraire? Très brièvement, voici quelques-unes des idées du livre à ce sujet.

Il y a d’abord des raisons biologiques et la notion de compétence. La compétence est comment on gère notre monde, c’est-à-dire ce qui nous entoure, nos décisions, etc. On se sent compétent quand on accomplit des tâches avec succès, d’où la satisfaction de cocher des choses sur une liste. Le problème est que c’est plus difficile de démontrer sa compétence par la soustraction; on veut montrer une preuve que l’on a changé quelque chose.

Il y a des raisons culturelles. Par exemple, les civilisations montrent leur progrès en bâtissant. Et il y a des raisons économiques. Pour que l’économie d’un pays croisse, il faut produire des bidules et il faut acheter ces bidules.

Pensons soustraction: 5 conseils pratiques

Donc, y a-t-il des façons de penser à la soustraction et changer nos habitudes afin de se simplifier la vie, simplifier son futur? Voici cinq petits conseils pratiques.

1. Penser à enlever

D’abord, dans vos prises de décision, par exemple pour des rénovations, de la décoration, du rangement, de la planification d’un voyage ou d’une semaine de travail, pensez-vous seulement à ajouter ou pensez-vous aussi à enlever?

2. Dresser des listes de choses à arrêter

Ensuite, un conseil de l’auteur est de dresser des listes de choses à arrêter de faire. En anglais, une « stop-doing list ». Ça peut être au travail ou dans votre vie personnelle. L’idée dans le fond c’est de prendre un peu de temps pour se demander s’il y a des choses que l’on peut arrêter de faire, ou faire différemment, pour se libérer du temps.

3. Penser aux trous de beigne

Un troisième truc est de penser aux trous de beigne. Les beignes comme on les connaît, du moins au Canada, ont un trou afin que la cuisson soit uniforme et que l’on maximise la surface pour l’enrobage. Mais un jour quelqu’un a pensé à vendre les trous de beigne, c’est-à-dire utiliser ce qui a été soustrait.

Donc, quand c’est difficile de vous départir d’un objet, de sortir des vêtements de votre garde-robe, pensez au trou de beigne et rappelez-vous que si vous donnez ces articles, vous allez faire des heureux et vous contribuez à la protection de l’environnement. En effet, en donnant une deuxième vie à un objet, on épargne les ressources qui serviraient à en produire un neuf.

4. Payer pour gagner du temps

Ensuite Leidy Klotz suggère de payer pour gagner du temps, par exemple embaucher des gens pour des rénovations ou des travaux ménagers. Il cite une étude par une professeure de psychologie de l’université de Colombie-Britannique, Liz Dunn, et son étudiante Ashley Whillans. Elles ont d’abord soumis un questionnaire à 6000 personnes en Amérique du Nord et en Europe leur demandant s’ils dépensaient de l’argent sur des services qui leur économise du temps. Ceux qui ont répondu oui ont aussi témoigné d’une plus grande qualité de vie. Et ce n’était pas parce que ces gens étaient plus riches que les autres.

Ils ont ensuite fait une expérience auprès d’adultes qui ont un emploi. Elles leur ont donné 40$ lors de deux fins de semaine consécutives. Une fois elles leur disaient de dépenser cet argent de façon à enlever une tâche déplaisante qui était au programme. L’autre fin de semaine, elles leur disaient d’utiliser le 40$ pour s’acheter un objet de leur choix. En questionnant ensuite les participants, elles ont observé que ceux-ci se sentaient plus positifs et moins stressés après avoir utilisé l’argent pour se gagner du temps que pour l’achat d’un objet.

Pour ma part j’observe ici un objectif clair du minimalisme, soit de passer du temps sur ce qui est important pour nous, avec les gens qu’on aime et qu’une façon de faire cela est de réduire nos achats, nos objets.

5. Assimiler l’information

Inspiré par la citation de Lao Tseu (dans l’image ci-dessus), Leidy Klotz soulève le point que l’on est inondé d’information, mais qu’on ne prend pas le temps de l’assimiler. Y a-t-il lieu de revoir vos habitudes de consommation de médias sociaux ou autres sources? Il admet aussi avoir beaucoup de difficulté à se départir de livres. SI c’est aussi votre cas, vous voudrez peut-être jeter un coup d’œil sur notre billet ou notre vidéo à ce sujet.

J’espère que les quelques minutes que vous avez consacrées à ce texte sur la soustraction vous aideront à observer notre propension à nous tous d’ajouter au lieu d’enlever et que ce constat vous fera peut-être découvrir de nouvelles options pour simplifier votre vie, votre futur.

Ressources:

Klotz, Leidy, Subtract, The Untapped Science of Less, Flatiron Books, New York, 2021

Parmi nos billets:

Vivre sans superlatifs   

5 stratégies de gestion minimalistes

5 conseils pour réduire l’anxiété liée à l’actualité

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