L’argent de poche pour les enfants: apprendre à gérer son argent

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Il y a deux sortes de parents : ceux qui, enfants, ont eu de l’argent de poche (une allocation, comme on dit par chez nous) et ceux qui étaient jaloux d’eux. Bon, c’est sûrement plus nuancé, mais c’était ma vision des choses comme gamine qui n’en avait pas. Si votre premier réflexe est de reproduire ce que vous avez vécu dans votre jeunesse, je vous invite à considérer les options discutées. 

Il y a plusieurs façons de procéder quand il s’agit d’offrir et gérer l’argent de poche. Dans ce billet, je vous parlerai des bienfaits d’avoir un système en place, de la méthode que nous avons privilégiée avec nos enfants, et d’autres approches à considérer ou à éviter.

Musique à écouter pendant ou après la lecture de ce billet (il se peut que l’écoute simultanée ne soit pas possible): Cycles  de Dylan Philips

Bienfaits pour les enfants

Apprendre la valeur de l’argent

C’est un réflexe humain, lorsque l’on a accès à de l’argent pour la première fois, que ce soit à 8 ou à 20 ans, de se lancer en dépenses impulsives et de ne se retrouver qu’avec des regrets. Il vaut mieux faire des folies à 8 ou 10 ans avec de l’argent de poche qu’à 20 ans avec une carte de crédit.

L’enfant retient que lorsqu’il n’y a plus de sous, il n’y en a plus; il faut attendre le prochain dépôt. Évidemment, le parent doit maintenir cette approche s’il veut que l’apprentissage se fasse. Les discussions permettent au jeune de réfléchir à ses choix : plaisir immédiat avec la somme qu’il a ou accumuler pour s’offrir quelque chose de plus grande valeur. Les décisions favorisent l’autonomie. 

Si l’on peut être d’abord surpris par les dépenses en bonbons et babioles inutiles, il faut laisser faire notre enfant et repérer les moments adéquats pour se pencher avec lui sur l’emploi qu’il fait de son argent. 

En faisant confiance à son enfant, il fera des erreurs, apprendra et découvrira la responsabilité.

Choisir ses dépenses

Pour le parent, un des bienfaits de l’argent de poche, c’est la gestion facile des « achète-moi ceci et cela » en magasin; la réponse est automatique : « Tu as de l’argent; tu peux la dépenser pour cet achat si tu penses que ça en vaut la peine. Si tu n’en as pas assez, accumule-la et tu pourras te l’offrir plus tard. » Ils apprennent à faire des choix : gratification immédiate versus patience.

Avec le pouvoir de l’argent, vient aussi un certain discernement : il y a beaucoup moins d’achats de bidules inutiles même si l’attrait y est encore. Et c’est correct de s’en procurer et de se gâter avec des bonbons : ce sont des enfants.

Respecter l’épargne

Un des bienfaits qui découle d’une bonne gestion de l’argent de poche, c’est la satisfaction de pouvoir acquérir un objet plus dispendieux. Cela comprend le plaisir des calculs à faire pour savoir combien de semaines seront nécessaires pour rassembler la somme requise, compter et recompter, et s’approcher de son objectif. 

Collaborer et gérer ses dettes

Lorsque l’enfant fait un emprunt auprès de ses parents au magasin, il remettra l’argent au retour à la maison en argent comptant ou virement. L’idéal est que l’objet ne soit pas remis avant le remboursement. Les enfants choisissent parfois de se faire des prêts entre eux dans la famille. Ils apprennent à régler leurs comptes.  

C’est plus rare, mais l’argent de poche peut encourager une collaboration entre membres d’une même famille qui découvriront qu’un achat conjoint avec temps partagé peut être gagnant-gagnant par exemple pour un jeu ou une console. 

Notre méthode

Voici comment nous avions décidé de gérer l’argent de poche des enfants. Ils sont maintenant de jeunes adultes donc ça ne fait plus partie de nos dépenses courantes. Nous avons adopté cette méthode avec nos deux garçons dès un très bas âge, de mémoire 4 et 6 ans. Elle est inspirée du livre de Paul Lermitte Dollars and Sense:  A Proven System for Teaching your Kids about Money. La plus récente édition comprend des documents téléchargeables en ligne, ce qui n’était pas le cas il y a une vingtaine d’années. 

Ce système d’argent de poche a quatre éléments importants :

1. Le montant augmente avec l’âge

Le montant de l’allocation est déterminé par l’âge et est attribué de façon hebdomadaire: par exemple, à 8 ans, l’enfant reçoit 8$ par semaine; on augmente d’un dollar à la fête jusqu’à ses 18 ans lorsque l’enfant a 18 ans (âge adulte). Évidemment, ces montants peuvent varier selon notre budget et du nombre d’enfants.

2. Un moyen d’apprentissage

La somme d’argent n’est pas rattachée à des tâches ménagères; elle est indépendante de ce qu’ils font ou non à la maison. Pour nous, l’argent de poche n’était pas une rémunération, mais un moyen d’apprentissage. On partageait une partie de nos avoirs pour qu’ils grandissent avec de bonnes habitudes. Nous verrons ci-dessous d’autres perspectives sur la question.

3. Une habitude d’épargne

25% du montant de l’argent de poche doit aller vers des économies : cette part était déposée dans le compte bancaire des enfants, souvent par un transfert d’argent; ils pouvaient consulter leur solde pour constater l’accumulation. C’est avec cet argent économisé et d’autres revenus comme le gardiennage qu’ils ont pu s’acheter des plus gros morceaux : un iPad, une console de jeu, un ordinateur, un téléphone cellulaire et les dépenses attenantes. Les deux ont même eu la possibilité de faire des placements et investissements afin de maximiser l’intérêt. 

4. Des dons de charité

En ayant de l’argent de poche, il est possible que l’enfant puisse apprendre à penser aux autres dès un jeune âge. Être généreux selon ses moyens fait du bien. Cela permet de bonnes leçons pour comprendre la différence entre recevoir, donner et prêter. 

Un pourcentage fixe doit être distribué à une ou des œuvres de charité : nous l’avions établi à 25%. Nous faisions la comptabilité des montants et l’enfant choisissait où donner : organismes qui œuvrent auprès des animaux, aide à la recherche pour une maladie d’un membre de la famille, appui des causes choisies par les amis.

Donc, par exemple, sur une allocation de 8$, 2$ allaient à l’épargne, 2$ étaient mis de côté pour un don de charité et 4$ étaient libres de contraintes.

Une influence additionnelle de l’allocation

Une condition particulière s’ajoutait dans notre contrat d’argent de poche: sacrer (blasphémer) coûtait 1$ par juron / sacre et était déduit directement de l’argent de poche. Nos garçons vous diront peut-être que les quelques sacres qu’ils ont « achetés » ont valu leur coût… mais le langage coloré n’a pas été un problème dans la famille.

Citation relative à argent de poche: Il vaut mieux faire des folies à 10 ans avec de l’argent de poche qu’à 20 ans avec une carte de crédit. Arrière-plan: popsicle chocolat et vanille sur fond bleu
Photo : Renato Pozaić

Certaines considérations

Pour avoir plus d’argent 

Il était possible à l’occasion de participer à des corvées exceptionnelles rémunérées : peinturer les murs, lavage approfondi d’une voiture. Pour en avoir plus, l’enfant pouvait faire du tri et vendre ses jouets. Avec l’argent gagné par des jobines, l’enfant devrait pouvoir en faire ce qu’il veut sans condition de ses parents.

Programmes offerts par des institutions bancaires

Il est utile de les consulter pour connaître leurs services tels que caisse scolaire, compte pour ado avec cartes, compte étudiant, etc. Pour certains enfants, un compte bancaire c’est peut-être trop abstrait et manipuler de l’argent ça se comprend plus. Pour d’autres, avoir une carte bancaire de débit permet de prévenir du vol surtout pour un enfant qui ne comprend pas le sens de l’argent physique; la carte débit évite de se faire jouer en ne recevant pas la monnaie qui devrait lui être rendue. Pour le parent, c’est plus facile quand tout est électronique, mais ce n’est pas mauvais que l’enfant s’habitue aussi à l’argent comptant.

Possibilité d’avoir des responsabilités avec l’argent de poche 

Certaines dépenses non courantes font appel à l’argent de poche telles que billets d’autobus, essence lorsqu’on emprunte la voiture, et cadeaux (amis, famille). Aussi, pour les vêtements, si un morceau (par exemple des jeans ou espadrilles), coûte plus que ce que la famille est prête à dépenser, on paie un montant fixe et l’enfant peut payer la différence. 

Autres méthodes et points de vue

Il existe plusieurs autres approches et philosophies en ce qui a trait à l’argent de poche pour les enfants. 

Certains parents choisiront de le rattacher à des tâches, l’idée étant que pour avoir de l’argent, il faut travailler. Pour ma part, il me semble dommage d’associer l’aide à la maison à une rémunération. D’autres relient l’argent de poche aux notes à l’école et/ou comportement. Cela me paraît contre-intuitif puisque l’enfant qui a des problèmes à cet égard a autant besoin d’apprendre à gérer ses sous, et ce dans un environnement de soutien.

D’autres demandent à l’enfant de maintenir un carnet de contrôle où il indique ce qu’il fait avec son argent. Ce pourrait en effet rendre les dépenses plus concrètes et s’approcher d’un budget.

Pour encourager les économies, certains parents y rattachent une récompense en argent, pas trop loin du concept de l’intérêt. Et certains se réservent un droit de regard sur les plus gros achats faits à partir des économies. 

Enfin, pour certains parents, les dons en argent aux fêtes (souvent des parents et grands-parents) suffisent amplement pour répondre aux besoins limités d’un enfant.

Une idée proposée si l’enfant n’a pas d’argent de poche régulièrement, c’est de lui remettre un montant au début des vacances d’été pour qu’il le gère sur la durée du congé. 

Nous convenons qu’il y a plusieurs façons d’approcher l’éducation financière avec ses enfants. Pour nous, l’allocation hebdomadaire s’est avérée un excellent moyen : aujourd’hui, nos enfants comme jeunes adultes gèrent de façon autonome l’argent mis de côté pour leurs études, et, aux dernières nouvelles, ils faisaient encore des dons aux charités de leurs choix.

L’important, c’est de s’assurer d’avoir des discussions et des occasions de comprendre la valeur et les limites de l’argent. 

Vous avez d’autres réflexions à ce sujet?

Ressources:

Pro Juventute: Nos recommandations sur l’argent de poche (Fondations suisse)

Outils qui permettent d’illustrer certains concepts financiers pour les enfants et adolescents

Livre de Paul W. Lermitte Dollars and Sense:  A Proven System for Teaching your Kids about Money

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4 commentaires

  • Nous aussi à un très jeune âge, nos 3 enfants géraient leur propre argent. Quand on les a emmenés en Floride, ils devaient avoir sauvé 20$ durant leur année pour pouvoir participer au voyage: tous les 3 l’avaient!
    Lorsqu’ils approchaient l’âge de 16 ans, s’ils ramassaient 1,000$ avec leur emploi à temps partiel, nous y ajoutions la même somme (1,000$) pour qu’ils puissent s’acheter une voiture car mon époux avaient un garage d’autos usagés donc il pouvait leur trouver une voiture pas pire pour ce prix (ils ont entre 40 et 50 ans aujourd’hui).

    • Merci Monique pour ces exemples concrets de ce que les enfants et parents peuvent faire avec l’argent de poche. Je suis certaine qu’ayant payé la moitié de leur voiture, les enfants l’ont davantage appréciée et soignée.

  • Très bonnes idées pour apprendre aux enfants à bien gérer leur argent! Tellement important de faire cet apprentissage tôt dans leur enfance!

    • Merci Diane. Ça demande un engagement de la part des parents mais les apprentissages et l’autonomie qui en découlent en valent la peine.

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