L’accumulation compulsive: ces réflexes pour engourdir la souffrance

Deux chaises de jardin en métal noir ensevelies sous la neige jusqu’au siège.

Mis à jour le 26 mai 2023

Il va de soi que tout de notre existence ne se déroulera pas à la perfection, sans accroc ou douleur. La plupart du temps, on se secoue, on se relève, quelques larmes sont versées et la vie reprend son chemin. Mais plusieurs personnes ont, à différents degrés, le réflexe de l’accumulation compulsive pour engourdir leur souffrance.

Musique à écouter pendant ou après la lecture de ce billet: Duo Ruut, Tuule soñad (Mots du vent; texte estonien qui se résume à des répétitions de « Vent du nord pourquoi souffles-tu? » Le cycle recommence avec le vent de l’est, de l’ouest, du sud)

Engourdir la souffrance

Certaines épreuves sont plus difficiles que d’autres à surmonter. À défaut d’affronter sa souffrance, il peut arriver de chercher à la fuir en ayant recours à la nourriture, la boisson, les médicaments et la drogue. Comme le soulagement est temporaire, la consommation est à recommencer, car la source de douleur engourdie n’est pas adressée. 

Pour d’autres, c’est la surconsommation qui se manifeste.

Ces personnes vivent de petites joies fréquentes par de nombreux achats ou trouvailles qu’elles se justifient. Puisque l’adrénaline du moment ne dure pas, c’est à recommencer. 

L’argent ayant été dépensé, il devient difficile de se départir de ses acquisitions, malheureusement souvent faites à crédit. Lorsqu’il y a moins d’argent, ce sont les magasins du dollar, de seconde main, les brocantes et les ventes de garage qui nourrissent ce besoin. D’autres s’intéressent aux articles gratuits sur des sites en ligne ou sur le bord de la rue, dans les bennes de déchets des commerces ou les poubelles de particuliers.

S’il y a un roulement constant d’entrées et de sorties dans la demeure, c’est déjà un moindre mal.

Accumulation problématique

Mais chez certains, la souffrance se manifeste par l’accumulation, en refusant de laisser aller quoi que ce soit. C’est comme si en emplissant physiquement l’espace dans sa demeure, le vide émotif pouvait être comblé. Il peut y avoir de l’affection et un attachement aux objets liés à des rêves, à des notions de sécurité, à une présence, ou autre chose. 

J’entends à distance un « ce n’est pas grave, ce ne sont que des affaires ». Peut-être bien, mais la douleur et la souffrance sont réelles. En se posant des questions profondes, parfois avec de l’aide, l’on peut comprendre davantage nos habitudes d’acheter et d’amasser en examinant ce que l’on cherche à combler.

Drapeaux rouges

Il faut commencer à s’inquiéter lorsque l’encombrement nous empêche de procéder à des activités de base. Il n’est pas tout à fait normal d’avoir à déplacer un monticule d’objets ou de papiers pour manger à table, pour préparer sa nourriture, pour ranger ses vêtements ou pour se laver. De plus, éviter de recevoir des gens chez soi à cause de l’accumulation évidente peut souligner un problème.

Ces comportements, de prime abord inoffensifs, peuvent mener au trouble d’accumulation compulsif et des variantes comme la syllogomanie, la syndrome de Diogène, la thésaurisation ou le « hoarding ».

Un lien en fin de billet présente un reportage de Radio-Canada au sujet d’une femme atteinte du trouble d’accumulation compulsif et des effets sur sa vie. 

Citation relative à accumulation compulsive : À défaut d’affronter la douleur, certains cherchent à la fuir en ayant recours à l’accumulation et la surconsommation, comme si en emplissant l’espace de la demeure, le vide émotif pouvait être comblé. Deux chaises de jardin en métal noir ensevelies sous la neige jusqu’au siège.

Évaluer la situation

Des outils existent afin d’évaluer les différentes situations qui pourraient vous inquiéter, dont une brochure explicative citée en ressource pour reconnaître les symptômes et obtenir des pistes de solution. 

Ce que vous percevez comme un fouillis en est-il vraiment un? Une échelle en photos établie par l’International OCD Hoarding Foundation laisse entrevoir différents stades d’encombrement et d’accumulation. Le lien est en fin de billet. En allant y jeter un coup d’œil, vous serez à même d’évaluer sommairement votre situation ou celle d’un proche. 

Il est possible qu’en lisant ce texte et en consultant les ressources, vous reconnaissiez les signes d’accumulation compulsive chez un ami ou membre de votre famille. Sachez que leur comportement peut avoir un impact sur la santé, les relations parents-enfants et les liens avec les gens de l’entourage. Si tel est le cas, parlez-en à un professionnel de la santé.

Prévention et pistes d’aide

Parfois, c’est en situation d’urgence ou de maladie qu’on se rend compte de l’ampleur de la situation, qu’elle soit la nôtre ou celle d’un parent. Ce n’est pas évident d’organiser une telle demeure afin de pouvoir sortir rapidement en cas d’incendie, d’éviter des chutes, de permettre l’utilisation d’un déambulateur (communément appelé marchette), et de recevoir des soins à domicile. Et si la personne doit emménager dans un foyer ou décède, les enfants se retrouvent devant les preuves du problème. 

Il y a peu de chance que vous soyez rendus là, mais, qui sait, vous aurez peut-être tout à coup l’envie de ramasser les quelques affaires qui trainent… et de vous défaire de ces objets qui ne servent plus. Et puis, si c’est au-delà de votre volonté, il n’y a pas de gêne à en parler à un professionnel de la santé qui pourra vous aider à adresser les causes et les solutions particulières à votre situation. Courage!

Ressources :

Reportage présentant une femme atteinte du trouble d’accumulation compulsif 

Article au sujet de l’accumulation compulsive (la syllogomanie) par eSantéMentale.ca, site créé par l’Hôpital pour enfants de l’Est ontarien (CHEO)

Échelle en photos des différents stades d’encombrement 

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